Pour le président du FCE, M Réda Hamiani, et le PDG de groupe Cevital, M Issad Rebrab, la problématique de l’exportation est lancinante ; elle préoccupe aussi bien les entreprises que les pouvoirs publics. Cependant, malgré l’intérêt que le Gouvernement a toujours accordé à ce dossier, nos exportations continuent d’afficher des performances qui restent loin d’être satisfaisantes.
M. Issad Rebrab a tenu, de ce point de vue, à marquer sa conviction que notre économie est en mesure de développer les exportations. Les chefs d’entreprise réfutent l’argument selon lequel l’insuffisance de nos exportations est imputable au manque de compétitivité de nos produits. Il n’y aurait pas de problème de compétitivité pour peu que nous parvenions à éliminer les entraves qui continuent de contraindre fortement l’essor des entreprises vers la conquête de parts de marché à l’extérieur. Il a précisé brièvement un certain nombre de ces contraintes. Il en est ainsi, par exemple, de la parité de la monnaie, la parité appliquée sur les inputs importés étant plus élevée que la parité appliquée sur les valeurs à l’exportation. La question de l’aide au transport constitue également un problème : le Fonds de soutien avait accordé à une certaine époque jusqu’à 50% de subvention sur le fret ; nos voisins pratiquent ce soutien sans aucun problème, alors qu’en ce qui nous concerne, nos exportateurs rencontrent aujourd’hui des difficultés sur cet aspect. D’une façon générale, les aides du fonds spécial sont dispensées avec parcimonie et avec beaucoup de lenteurs.
En tout état de cause, on doit examiner les démarches mises en œuvre par les pays qui ont développé leurs exportations; il faudrait créer des plateformes dans les pays cibles, c’est-à-dire investir dans ces pays ; aujourd’hui tous les pays ont la liberté d’investir à l’étranger ; nous, on ne peut pas ; certes, la loi sur la monnaie et le crédit prévoit cette possibilité mais dans les faits, il est impossible d’obtenir les autorisations nécessaires pour ce faire. Ce cas illustre d’ailleurs une situation très répandue où la loi existe mais n’est pas appliquée ou bien est appliquée avec d’énormes difficultés pour l’exportateur ; parvenir à appliquer déjà ce qui existe dans notre législation constituerait un progrès pour nous.
Plus fondamentalement, l’absence d’une vision et d’une politique volontariste en matière d’exportation pour encourager les opérateurs économiques à se positionner sur les marchés mondiaux constitue un obstacle sérieux à l’impulsion d’un véritable mouvement de conquête par nos entreprises de parts de marché à l’extérieur. Pour exporter, il faut encourager la production nationale pour lui permettre de dégager des excédents, assurer les conditions adéquates d’accompagnement pour les opérateurs économiques afin de leur faciliter la commercialisation de leurs produits ; il faut permettre l’installation à l’étranger des exportateurs.
M. Issad Rebrab soutient ensuite que pour promouvoir nos exportations hors hydrocarbures, il est important et urgent que soit rediscuté l'accord d'association avec l'Union européenne qui est entré en vigueur en septembre 2005 ; cet accord n’est pas en faveur de notre pays car nos entreprises ne peuvent pas exporter tous les produits vers le marché européen. Il n’y a qu’à examiner les contingents consentis et obtenus de l’Union européenne pour s’en rendre compte, tels par exemple ceux de la pomme de terre et de la semence de pomme de terre, ceux des céréales et des pâtes et couscous, ceux du sucre, etc. ainsi, à titre d’exemple, nous importons 400 000 tonnes de céréales mais n’exportons que 200 tonnes de couscous et de pâtes. Au total, nous devons bien nous rendre à l’évidence que l’accord d’association avec l’Europe a été conclu au détriment de la balance commerciale de l’Algérie.
M. Réda Hamiani, abondant dans ce sens, rappelle que cet accord était à l’origine un accord global sensé nous atteler à l’Europe dans une démarche de co-développement, d’investissement, etc. mais force est de constater qu’après quelques années, on s’éloigne de plus en plus de cette démarche et il ne reste plus de ce projet que la zone de libre-échange. L’Union Pour la Méditerranée ne propose rien d’autre non plus que le libre-échange. Au total, ce qui est donc visé c’est uniquement le marché ; tout ce qui nous intéresse en particulier a été mis de côté. Le président du FCE a précise que sur le plan de la doctrine économique, il n’existe aucun cas où le libre-échange profite de manière équilibrée aux pays concernés ; c’est toujours le pays le plus développé auquel profite le libre-échange ; c’est l’échange inégal ; et de ce point de vue, nous sommes les perdants de ce deal qui nous a été proposé au départ et qui n’a pas été respecté. Tout cela a été discuté initialement avec l’Union européenne qui nous a assuré que, même si au départ on devait y perdre, l’Europe allait s’engager massivement à nos côtés dans cette démarche de co-développement, par l’investissement et la mise à niveau de notre appareil de production. Or, nous n’avons rien eu de ces promesses ; les investissements européens dans notre pays ont été rarement réalisés dans la manufacture ; nous avons eu très peu d’investissements structurants, valorisants pour le système productif national. Il aurait fallu que l’ouverture que nous avons consentie au titre de l’accord d’association s’accompagnât de mise à niveau et d’investissement pour compenser les pertes que cet accord occasionne à notre économie.
Une analyse que partage M. Zaim Bensassi, Président du Conseil national de la PME, qui soutient également que l'accord avec l'Union européenne nous a pénalisés. Par ailleurs, il a insisté, pour sa part, sur la question de la parité du dinar et des pertes de change qui doivent être assumées par l'Etat. En outre, de son point de vue, la mise à niveau des entreprises doit être sélective et viser essentiellement les entreprises exportatrices. Il a également soulevé les problèmes liés à la bureaucratie, aux difficultés inhérentes aux relations avec les banques et avec les services des douanes.
A l’issue du débat, le Président du FCE, M. Réda Hamiani, a rappelé que le Forum a souvent eu à formuler un grand nombre de propositions, destinées à donner une impulsion aux réformes de notre économie, d’une façon générale, et au développement des exportations hors hydrocarbures en particulier. Les propositions du Forum se sont toujours appuyées sur deux axes principaux : d’une part, la nécessité de travailler à l'amélioration de l'environnement macroéconomique et, d’autre part celle, tout aussi impérieuse, de soutenir l’entreprise, comme source principale de création de la richesse, dans ses efforts de développement. C’est, en effet, le développement des capacités productives nationales de biens et de services qui est la voie incontournable pour réduire progressivement la dépendance de notre économie par rapport aux hydrocarbures, en exportant pour générer les ressources stables permettant de relayer les ressources d’hydrocarbures pour le financement de notre développement économique.